Népal, un amour de gros chien
Aujourd’hui, le binôme dont nous avons eu envie de vous parler est celui que forment Régis et Népal, un beau labrador noir et costaud. Et pour cause, l’attachement que Régis et sa famille portent à leur « Népalou » est visible dès le premier regard. « Népalou ? Il nous fait du bien à tous ! » déclare Régis.
Régis est malvoyant de naissance. Il est atteint de la maladie de Stargardt, une maladie qui touche les photocapteurs et entraine une perte progressive de la vision.
Ses parents étaient tous deux porteurs sains. Lui a vu sa vision diminuer dès l’école primaire, mais il a suivi une scolarité ordinaire, aidé par des camarades qui, à l’internat du lycée, lui faisaient la lecture pour aller plus vite. Avec eux, il a tissé des liens indéfectibles, à l’image de Laurent, qui fait toujours partie de sa vie.
À 58 ans, Régis a pris sa retraite au titre du handicap au terme de sa carrière à La Poste, explorant depuis 1988 de multiples métiers. Ces 15 dernières années, il travaillait à la direction des ressources humaines à Lyon, accompagné par Népal de 2019 jusqu’à l’an dernier.
C’est le plus tard possible, selon ses mots, que Régis se dirigeait sans canne, jusqu’au jour où il a cru qu’il allait renverser un enfant. Cela a été le déclic, le moteur du changement.
La malvoyance, contrairement à la cécité peut être difficile à comprendre pour les gens
« J’ai toujours eu le souci d’être comme les autres, mais lorsque la différence ne se voit pas, ça peut prêter à confusion, et surtout, ça peut créer des relations ambiguës avec les autres, qui ne comprennent pas toujours la subtilité de la malvoyance (vs la cécité) et l’évolution de la maladie ».
Au début, la canne lui servait à « se faire connaitre comme personne malvoyante » ; puis, la dégénérescence accélérant, elle est devenue « tête chercheuse », détectant les obstacles sur lesquels il arrivait souvent trop vite, compte tenu de sa démarche rapide, fruit de longues années de malvoyance.
En demandant un chien-guide, le besoin exprimé par Régis fut donc de retrouver un rythme rapide. Et son « gros costaud de Népal » l’a comblé au-delà de ses espérances.
Un week-end de mise en relation
C’est Cécile, son éducatrice au sein de l‘Association de chiens-guides de Lyon, qui a présenté Népal à Régis lors d’un week-end découverte. Alors que les chiens qu’il avait croisés jusque-là ne l’avaient pas convaincu, avec Népal, il rencontrait un gros costaud câlin, recherchant davantage le lien avec l’humain qu’avec ses congénères.
« Népal est très attiré par les relations humaines. Très rapidement, il s’est senti chez lui et le week-end s’est bien déroulé à une exception près : sa rencontre avec notre chat Myno qui lui a clairement fait comprendre, sans l’attaquer, qui était le propriétaire des lieux. En réaction, Népal en a eu des pellicules selon Cécile ! Désormais, le chat vient se frotter dans ses pattes, mais Népal, lui, a retenu la leçon. Il arrête presque de respirer quand Myno s’approche de lui ».
« Non seulement il est attachant, mais en plus il est toujours partant » !
« L’un des souvenirs les plus marquants que j’ai de lui » ajoute Régis, « c’est notre premier trajet ensemble à Paris. J’avais effectué des reconnaissances à Anse et à Lyon avec Cécile, mais il m’a bluffé lorsqu’il m’a guidé dans des lieux qu’il ne connaissait absolument pas : à la gare, dans les rues parmi la foule, pour aller prendre le bus… C’était vraiment impressionnant.»
Avec lui, Régis peut aussi partir seul dans les vignes, autour de chez lui, et s’autorise même à le lâcher, ce qui lui permet de retrouver une marche naturelle, celle qu’il avait il y a 40 ans.
Et quand il s’égare ou que les herbes folles sont trop hautes, Régis l’appelle et il est là. « Il me remet sur le bon chemin ».
Bien sûr, dans leurs balades quotidiennes, ce sont les vignes que Népal préfère et il essaie toujours d’influencer Régis en tirant à droite en sortant de la maison, même si les odeurs venant du marché (et du camion du traiteur) au bout du chemin partant à gauche ne le laissent pas indifférent.
Népal, c’est vraiment le chien de toute la famille !
Même si Régis est son « binôme », au sein de la famille -voire même en dehors- Népal fait la fête et des câlins à tous. Et Régis de poursuivre :
« L’image que je renvoie avec Népal me fait un bien fou. Elle me donne de la force, de l’assurance, une prestance réconfortante au sein de ma famille, vis-à-vis de mes enfants. ». « Je suis handicapé, je le sais. J’ai des difficultés, notamment en déplacement, mais alors que je me sentais ridicule dans certaines situations, parfois grotesque suite aux difficultés répétées rencontrées à la canne, avec lui je m’élance et les trajets sont bien plus fluides et précis. Au point que parfois les gens me prennent pour l’éducateur et non pour le bénéficiaire. C’est trop la classe ! »
Et Régis insiste : « Avec le chien, les gens sont beaucoup plus sympas, ils viennent vers nous au lieu de nous éviter ».
Ainsi, dans le train, qui l’emmenait au travail, il a fait beaucoup plus de rencontres en 5 ans avec lui qu’en 10 à la canne.
Au travail aussi. Car, si avec ses collègues directs, les échanges étaient faciles, dans les autres services, les gens ne savaient pas toujours comment l’aborder. Avec eux, Népal a agi comme un ancrage. À partir de là, les langues se sont déliées et beaucoup auraient aimé venir aussi au travail avec leur animal, car l’animal apaise tandis que la canne isole.
En vélo, en tandem
Amateur de vélo, Régis fait régulièrement des parcours, soit en VTT, soit en vélo de route.
Enfant et plus tard, à défaut de pouvoir passer le permis de conduire, il faisait du vélo solo, jusqu’au jour où, là aussi, sur un circuit qu’il connaissait par cœur, il a pris la tangente et n’a pas vu venir une voiture. Résultat : un accident et 50 points de suture.
Un tournant qui l’a fait se diriger vers le vélo tandem via l’AVH d’abord, puis l’association Handisport Lyonnais dont il a été responsable de section. Depuis qu’il est à Anse, il pratique avec ses amis qui le pilotent, Patrick, José, Sébastien et bien sûr, Laurent son copain d’internat, jamais perdu de vue.
Vous en avez un beau chien !
Cette phrase, Régis l’entend souvent. Et ça le rend fier. Même s’il souligne qu’il n’est responsable ni de la beauté, ni de l’éducation de Népal, même s’il entretient les deux.
« Depuis que je l’ai, je me suis redressé. Je suis plus ouvert aux autres et je profite davantage de mon environnement. Je suis disponible et cela facilite vraiment les relations. Parfois j’en profite pour passer des messages aux passants, en disant « cherche le chemin Népal ! ». Cela les incite très souvent à venir m’aider. Et puis, cela me donne la liberté de me déplacer en famille, mais aussi seul, rendant ainsi sa liberté à chacun au sein de notre famille ».
Et de conclure : « La marche avec Népal, contrairement à la marche au coude, permet de passer les obstacles sans même m’en rendre compte.
Népal m’emmène résolument vers l’avant, Toujours !».
